11.03.2008
Soyons sages
Des générations on cru bon d’élaborer et de transmettre les livres contenus dans la Bible. Aussi, si ceux-ci sont venus jusqu’à nous et si nous les lisons, ce n’est pas seulement pour les regarder comme des témoins d’une sagesse révolue. L’Eglise n’est pas un musée. Si nous lisons ces livres, c’est aussi pour y voir une invitation, un appel et un défi. Une invitation à mener à notre tour cet effort. Un appel à élaborer notre propre sagesse. Soyons sages ! Voilà le défi.
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12.12.2007
S'encourager mutuellement, c'est important dans la vie
Une souris observait à travers la fente d’un mur, le fermier et sa femme ouvrir un colis :
Quelle est donc la nourriture que ce colis cache se demandait la souris ? Quel ne fut pas son choc que de découvrir qu’il s’agissait d’une trappe à souris ! Elle se hâta donc à la grange pour proclamer le sévère avertissement : “Il y a une trappe à souris dans la maison. Il y a une trappe à souris dans la maison” !
Le poulet cacassa et se gratta le dos et, levant le cou, il répondit : “Monsieur Souris, je comprend que cela est un problème pour vous, mais cela n’a aucune conséquence pour moi. Cela ne me dérange pas”.
La Souris se tourna donc vers le cochon et lui dit : “Il y a une trappe à souris dans la maison. Il y a une trappe à souris dans la maison” ! Le cochon se montra sympathique mais répondit : « Je suis très peiné Monsieur Souris, mais je ne peux rien faire si ce n’est que de prier, mais soyez assuré de mes prières »
La Souris se tourna alors vers la vache et lui lança son cri d’alarme : « Il y a une trappe à souris dans la maison Il y a une trappe à souris dans la maison » ! Et la vache de répondre « Eh bien ! Monsieur Souris, je suis peiné pour vous, mais cela ne me fait pas un pli sur le ventre! »
C’est ainsi que Monsieur Souris s’en retourna à la maison, la tête basse et découragée d’avoir à affronter seule la trappe à souris du fermier. Dans la nuit qui suivit, un bruit étrange fut entendu dans la maison, un bruit qui ressemblait à celui d’une trappe à souris qui avait saisi sa proie. La femme du fermier se précipita pour voir ce qui avait été attrapé, mais dans la noirceur, elle ne vit pas que la queue d’un serpent vénéneux avait été happée par la trappe à souris. Affolé, le serpent mordit la femme du fermier qui s’empressa de la conduire à l’hôpital, mais hélas, elle revint à la maison avec une forte fièvre.
Et tout le monde sait bien qu’il faut soigner une forte fièvre avec une soupe au poulet. Et le fermier sortit donc sa machette pour apporter le principal ingrédient pour la soupe.
Malgré ça, la maladie de la femme du fermier empirait à ce point que tous les amis et les voisins vinrent veiller 24 heures sur 24 à son chevet. Et pour les nourrir, le fermier fit boucherie avec le cochon. Malheureusement, la femme du fermier ne prit pas de mieux et elle finit par mourir.
C’est ainsi que beaucoup de gens vinrent à ses funérailles et le fermier fit abattre la vache pour servir assez de viande à tout ce monde.
Monsieur Souris surveillait tout ce va-et-vient par la fente du mur en ressentant une grande tristesse.
Moralité : Ainsi donc, la prochaine fois que vous entendrez dire qu’une de vos connaissances est aux prises avec un problème qui ne vous concerne pas, souvenez-vous que lorsqu’un des nôtres est menacé, nous sommes tous en danger. Nous sommes tous impliqués dans ce voyage qu’on appelle la vie. Ayons l’oeil ouvert sur nos proches et faisons un effort pour s’encourager mutuellement. Souvenez-vous que chacun de nous constitue un fil important dans la toile d’une autre personne car nos vies sont tissées dans la toile des autres.
Bébey Vidal
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25.10.2007
Serpents ou colombes?
«Soyez rusés comme des serpents et parfaits comme des colombes» nous dit Jésus (Matt 10:22)
Qu’il nous demande d’être purs comme des colombes, on peut le comprendre. Certainement faut-il, comme le Saint Esprit, être pur, avoir la foi, être plein de douceur, et comme la colombe, image même du sacrifice, être prêt à donner sa vie, prêt à tout donner comme l’est invité le jeune homme riche. Ca c’est le sens de la prédication du Christ: «Donne à qui te demande... si on te frappe sur la joue gauche, tends la droite... si on te prend ton manteau donne aussi ta tunique...»
Pourquoi Jésus ajoute-t-il ici: « rusés comme des serpents »?
Je crois que c’est justement très intéressant, il nous montre là une vision tout à fait réaliste de la vie du Chrétien dans le monde: il faut de la pureté, de la foi, certes, mais aussi de l’intelligence, le Chrétien ne doit être ni un imbécile, ni une «bonne poire».
D’ailleurs le Christ ne se laisse pas crucifier par faiblesse, il dit : «ma vie, personne ne me la prend, c’est moi qui la donne», il le fait volontairement, avec intelligence, il sait pourquoi il le fait. Se laisser tondre la laine sur le dos n’est pas forcément un bon témoignage. Sans doute faut-il savoir donner, mais ce n’est pas pareil que de se laisser prendre. Jésus ne dit pas : «si on te prend ton manteau, laisse prendre ta tunique», mais « donne ta tunique», et « si on te frappe sur la joue gauche, laisse-toi frapper sur la droite en plus», mais « t end s la joue droite ». C’est là la position active du Chrétien, et il faut certainement de l’intelligence pour éviter une certaine perversion possible de la douceur et de l’amour. La mollesse et la faiblesse ne sont pas constructives, et pourtant il faut tout donner jusqu’à sa vie.
* On peut comprendre donc qu’il faille que notre attitude soit faite d’une part de pureté et de douceur, mais aussi d’intelligence et de ruse. L’Evangile n’est pas une incitation à la passivité, ni ne prêche une religion incitant les Chrétiens à se laisser faire. Il invite, au contraire, à une certaine intelligence, mais sans jamais se départir de son idéal de pureté, sans perdre son âme en quelque sorte. La colombe doit sans cesse tempérer le serpent et vice-versa.
Faire le bien est extrêmement compliqué. On en connaît globalement le sens, mais pratiquement, il faut être sage et intelligent pour ne pas faire ce que nous croyons bien sans discernement. «Donne à qui te demande» dit le Christ, certes faut-il se laisser aller à ses bons sentiments et à sa générosité, mais aussi garder une part d’intelligence pour ne pas donner n’importe quoi n’importe comment. Il faut se demander ce que son geste va générer de créateur ou de pervers vis-à-vis de celui à qui l’on va donner.
Inversement, il est bien d’avoir dans ce monde de l’intelligence, de l’efficacité, de la performance, et ce même dans nos bonnes oeuvres, mais il est essentiel que nous sachions conserver une place pour savoir au service de quoi on va mettre tout ça, une place pour l’approfondissement de notre être, afin que nous sachions grandir dans la sagesse, et de ne pas perdre le sens de ce que nous faisons.
** La grande difficulté de la vie du Chrétien, c’est précisément de garder un équilibre entre l’intelligence et la foi. Le Christ ne demande pas au Chrétien de se retirer du monde, mais d’y agir et donc d’entrer dans le mode de fonctionnement du monde. Priant pour ses disciples, il dit : «Je ne te prie pas des les retirer du monde, mais de les garder du mal...» C’est bien cela: que nous sachions être du monde par notre intelligence, et en même temps ne pas perdre notre idéal...
Le Chrétien est ainsi sans cesse écartelé entre le serpent intelligent, terre-à-terre, et la colombe qui s’élève dans les cieux. S’il est trop serpent, il s’écrase dans la poussière, s’il est trop colombe, il risque de s’évaporer. Il y a là deux pôles antinomiques, inconciliables, et le Chrétien est en tension entre ces deux pôles. Mais c’est peut-être ça, justement qui le rend actif et lumineux. Comme la lumière qui jaillit quand deux pôles électriques opposés sont joints.
Un seul pôle, même très puissant, ne produit rien.
C’est la dialectique de sa vie qui rend le Chrétien riche et fécond. Certes, ce n’est pas une situation confortable et il est toujours un peu comme le Christ, crucifié entre ces deux réalités, écartelé entre le vertical de la foi et l’horizontal du bon sens terrestre.
Il n’est pas facile non plus de trouver comment vivre dans cette équation impossible, mais c’est justement là la liberté et la responsabilité du Chrétien. Mais il est sous la grâce. Et donc tout en sachant qu’il n’y a jamais de solution parfaite et idéale, il fait comme il peut en se sachant aimé et accepté. Son seul devoir, c’est de toujours conserver cette tension et chercher sous la grâce la meilleure solution apparemment.
«Soyez intelligents comme des serpents et purs comme des colombes», ce verset est extraordinaire, il résume toute la complexité de l’Evangile, il nous place devant la grâce totale de Dieu, sa vocation absolue et en même temps devant notre responsabilité. Il résume la vie même du Christ, crucifié entre le matériel et le spirituel, et nous montre notre propre vocation d’être à la suite du Christ dans cette tension fondamentale entre ces deux royaumes du Monde et de Dieu
Alors le chrétien peut devenir la Lumière du Monde.
Pasteur Louis Pernot***
* La colombe de Picasso
** "La dialectique", tableau de Véronèse cité dans l'oeuvre de Jorge Semprún
*** Lettre de l’Etoile numéro 204 automne 2007, texte aimablement transmis par Jean Guérin
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