09.10.2007

La Renaissance en Normandie

Amorcé au lendemain de la Guerre de Cent Ans, le renouveau économique de la province, dans la première moitié du XVIe siècle, et la présence de mécènes prestigieux permit à la Renaissance d'éclore en Normandie.

L'influence de l'architecture et des arts italiens est sensible dans la décoration des édifices de cette époque et les architectes de l'école caennaise ont diffusé ses modèles dans toute la province et au-delà.
Visitée par les rois de France, la province retrouve sa richesse légendaire. Caen brille par sa vie intellectuelle et fourmille de poètes et d'hommes de lettres.
Á l'ombre de l'université, se développe l'imprimerie. Si le premier livre imprimé à Caen date de 1480, c'est au début du XVIe siècle que s'installent définitivement les presses des typographes.

Terrain favorable à l'implantation du Protestantisme, les grandes villes normands vont accueillir la Réforme. Alençon, où régnait Marguerite d'Angoulême, est le premier foyer du Calvinisme en Normandie. Les idées nouvelles se répandent grâce à l'imprimerie dans la petite noblesse et la bourgeoisie riche et alphabétisée, puis touche les campagnes.

Les Guerres de Religion
Dès 1562, il y eut des troubles très graves. Les troupes huguenotes de l'amiral de Colligny pillent les églises de Caen, les tombeaux de Guillaume et Mathilde sont profanés. Á Saint-Lô, passée toute entière à la Réforme, on ridiculise l'évêque de Coutances en l'exhibant sur un âne, coiffé d'une mitre en papier, à travers les rues. Les villes normandes échappent au massacre de la Saint-Barthélemy, mais la guerre civile ensanglante la région. Les sieurs de Colombières et Montgomery prennent le commandement du parti protestant en Basse-Normandie. Le maréchal de Matignon, chef militaire catholique, réussit à reprendre Saint-Lô le 10 juin 1574 en passant sur cinq cents cadavres. La reine Catherine de Médicis fait capturer Gabriel Montgomery à Domfront. Il est décapité en place de Grève, à Paris, le 26 juin 1574.

Á la fin du siècle, le protestantisme recule en Normandie, mais la province reste celle qui compte le plus d'habitants acquis aux idées de la Réforme, ceux-ci, forment la partie la plus industrieuse de la population. Au moment de la révocation de l'Édit de Nantes, un siècle plus tard, ces milliers d'artisans normands de l'industrie textile émigreront en Angleterre ou en Hollande.

Les racines de la Basse-Normandie

La naissance de la Normandie aux V et Vlème siècles fut marquée par l'expansion civilisatrice des grandes abbayes. Elle épousera, à quelque chose près, les contours que nous lui connaissons dans les années qui suivront l'octroi du traité de Saint-Clair-sur-Epte entre Charles III et Rollon en 911. Cet accord doit être situé dans son contexte pour être compris: depuis l'an 820, date du premier raid nordique attesté, les Vikings sont passés d'incursions périodiques à un hivernage sur place. En 845, ils sont rentrés dans Paris. " Les rives de la Seine furent atrocement ravagées, plus une abbaye qui ait pierre sur pierre, les moines ont fui, tout a été détruit ". Le roi franc prend une décision politique de circonstance: en échange de la paix, il offre à ces hommes du Nord des terres où ils pourront s'installer et passer de l'état de pillards sanguinaires à l'état de sédentaires.

8f119b35cc380716e029b86d6097d85f.jpgAbbaye d'Hambie

Pour épargner l'Ile de France, le traité de Saint-Clair-sur-Epte fonde donc la Normandie englobant les évêchés de Rouen, Évreux, Lisieux, puis rapidement ceux de Bayeux, Sées et Coutances, Avranches. Des liens multiples ont depuis lors été noués et dénoués entre les deux provinces. Le destin de la Normandie y est déjà scellé.

Le deuxième Duc de Normandie, Guillaume Longue Épée, se voit confirmer son titre de vassal. Lors du décès en terre sainte de Robert le Magnifique, son héritier Guillaume doit tout d'abord sauvegarder sa jeune vie menacée par les aspirants au pouvoir et ensuite faire appel à son suzerain Henri 1er pour écraser la révolte de ses barons à la bataille du Val-ès-Dunes près de Caen (1047). Ainsi, c'est avec l'aide du souverain français que Guillaume le Conquérant, fondateur de dynastie outre-Manche, put garder son héritage.


bf6a81daac88a5b0f228e0d21fb8a2f5.jpgLa parjure d'Harold (Tapisserie de Bayeux)


Son administration est moderne et entreprenante. Dès le XIIème siècle l'importance précoce de l'économie monétaire est remarquable grâce à la multiplication des échanges, assortie d'une fiscalité d'avant-garde. Toute la Normandie, et elle seule en France, utilise une mesure agraire uniforme : l'acre. Le servage y est ignoré, le monde rural y jouit d'une meilleure condition que dans le reste de la France. Enfin, parallèlement aux échanges commerciaux des Normands qui se développent avec l'Europe du Nord parcourue par les Vikings, s'ajoutent des liaisons avec l'Angleterre, non seulement économiques mais aussi, jusqu'au règne de Philippe Auguste, familiales.

Au Xllème siècle, la province s'intègre dans la mouvance Plantagenêt.

En mai 1152, Henri Il Plantagenêt, fils de Mathilde " Emperesse " et de Geoffroy d'Anjou, épouse Aliénor d'Aquitaine. Roi d'Angleterre, duc de Normandie, Henri se trouve de par son mariage à la tête d'un ensemble territorial qui va de l'Écosse aux Pyrénées.

Esquissant un " véritable arc Atlantique " avant la lettre, la Normandie se situe au cœur de ce vaste ensemble auquel elle imprime maints traits de sa civilisation. Dès le Xllème siècle, sa suprématie s'affirme. Elle se distingue dans le progrès technologique agricole en permettant par exemple l'amélioration du labour par l'utilisation du collier rigide d'épaule sur le cheval.

Le Duc de Bedford, régent du royaume d'Angleterre, fonde l'Université de Caen en 1432 en créant deux facultés de droit civil et de droit canonique, auxquelles s'ajoutent en 1436 trois nouvelles disciplines : les Arts, la Théologie et la Médecine.

La Normandie se situe alors de manière privilégiée dans l'état franco-anglais d'Henri VI.
A cette époque, le pouvoir anglais avait tenu, même s'il entrait dans ces mesures plus de calcul que de réel vouloir, à rétablir la convocation des États de Normandie : Caen était redevenue le siège de l'Échiquier. Ces dispositions donnaient l'apparence d'un rétablissement des libertés normandes.

Le rattachement progressif de la Normandie jusqu'à l'intégration complète au Royaume de France marqua quant à lui la fin des libertés accordées par la Charte aux Normands en 1315. Le 12 août 1450, la dernière place anglaise, Cherbourg, capitula. Le 9 novembre 1469, en l'Échiquier de Rouen, l'anneau ducal fut brisé, il n'y avait plus de duché de Normandie. Dès lors bien amarrée au bassin parisien, cette province le restera.

Quelques années plus tard, Louis XI mit tout en œuvre pour rendre à la Normandie les partenaires naturels de son économie d'échange : l'Angleterre et les Pays-Bas. Mais il privilégia Rouen, sacrifiant Caen dont il supprime les foires.

La France sous Louis XI :

Au XVlème siècle, la Basse-Normandie apparaît pour la première fois comme entité distincte lors de la rupture de l'unité fiscale de la province par les édits de Cognac, de Saint-Germain et de Blois. Une généralité est maintenue à Rouen, une autre créée à Caen et en 1638 cette même ville accueille une seconde Cour des Aides. La Partition Normande est consommée par décision du pouvoir royal.

A la veille de la Révolution, la Basse-Normandie est florissante. L'agriculture et l'élevage prospèrent.
L'artisanat textile y est très présent mais géographiquement dispersé. La prééminence de Rouen, qui produit du drap de qualité supérieure, est certaine. La Basse-Normandie confectionne, dans la région d'Alençon notamment, des toiles plus ordinaires et si elle est reconnue pour la qualité de ses dentelles, celle-ci n'en demeure pas moins une activité de pauvres.
La métallurgie est concentrée dans la généralité d'Alençon en trois zones distinctes : le Pays d'Ouche, le Perche, le quadrilatère Flers-Domfront-Alençon-Sées. C'est la troisième métallurgie du royaume. On trouve aussi de nombreux centres verriers en Basse- Normandie. Citons les glaceries de Tourlaville où Richard de Néhou met au point le coulage du verre. Cette entreprise, passée au stade industriel, devient manufacture royale et fusionne avec Saint-Gobain. Ces industries ont une dimension nationale.

La fin du XVIIIIème siècle voit donc l'amélioration des techniques et la naissance d'un véritable précapitalisme issu du négoce ainsi que de l'enrichissement des négociants.

Au milieu du XlXème siècle, le système productif de cette région riche qu'était la Basse-Normandie était très intégré au milieu rural.
C'est à cette période que furent mises en valeur les mines de fer du Calvados et que les conditions économiques générales s'améliorèrent: La Basse-Normandie semblait pouvoir espérer rivaliser avec sa voisine d'outre-Seine, grâce à son minerai et aux chemins de fer.

Le XlXème siècle marqua également le début du tourisme en Normandie, favorisé par l'amélioration des transports, la présence de costumes pittoresques et de monuments anciens. Amorcé en Haute-Normandie, le tourisme s'étendit aux plages de la rive gauche de la Seine dès la Monarchie de Juillet. L'essor de Deauville, lancé par le Duc de Morny, suivit la construction du chemin de fer de Paris à Caen.

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Deauville affiche touristique


L'accueil des Parisiens sur nos côtes n'a pas cessé depuis lors et reste l'un des atouts bas-normands.

Après la saignée du premier conflit mondial, l'entre-deux-guerres vit une nouvelle période prospère.

Après la seconde guerre, il fallut reconstruire : l'industrie détruite, ayant pris du retard sous l'occupation allemande, dut faire face à de nouvelles données techniques et économiques. Ainsi, l'accroissement du tonnage des bâtiments de commerce nécessita-t-il des modifications coûteuses dans les installations portuaires. De même, l'apparition de nouveaux matériaux textiles synthétiques, la lenteur de la remise en état des moyens de communication, la réduction des besoins de main-d'œuvre par le progrès technique bouleversèrent une industrie traditionnelle.

Ce rapide parcours dans le temps nous permet d'entrevoir la force et le dynamisme du jeune État normand fondé par le Conquérant et de mieux comprendre pourquoi malgré sa vitalité, il n'a pas pu rester le maître de ses destinées. Encerclé par des puissances aux institutions nées de sa propre souche comme l'Angleterre ou associées à sa zone d'influence comme l'Aquitaine, les grands soubresauts de l'histoire qui ont fait éclater les ensembles géopolitiques dont il aurait pu rester le centre ont sans doute laissé à ses habitants une certaine méfiance. Leur légendaire prudence ne tiendrait-elle pas au fait que leur terre fut trop longtemps objet de convoitises et lieu de conflits?

Au moment d'ouvrir les réflexions sur l'avenir méditons l'introduction du livre blanc "l'avenir de la Basse-Normandie" rédigé en 1971/1972 :
"La majeure partie du Bassin Parisien, si l'on exclut la région parisienne et ses digitations, se présente dans l'Europe du Nord-Ouest, ...comme une zone de peuplement relativement faible. Le développement économique de la Basse-Seine, appuyé sur une volonté nationale d'en faire un complexe industrialoportuaire compétitif dans le cadre européen va transformer cette zone en pôle économique majeur de l'Europe. Il semble par contre difficile de penser que la Basse-Normandie, refermée sur ses limites, puisse être à même économiquement et démographiquement d'affronter cette compétition. Elle doit donc définir dans le cadre de quel espace économique elle se situe et adapter sa stratégie à ce choix : accentuation du lien direct avec la région parisienne, articulation avec les régions voisines de l'Ouest qui sont dans des situations analogues quant au développement ou redécouverte de l'unité normande en visant la transformation de l'axe de développement de la Basse-Normandie en un espace économique tripolaire Caen - Rouen - Le Havre".

Source : http://www.basse-normandie.pref.gouv.fr/sections/header/header_1/1._histoire