20.09.2009
Prier aujourd'hui
Elisabeth André-Larthomas est aumônier de l'Eglise réformée auprès la Maison d'Arrêt d'Alençon. Agrégée de grammaire, elle a rédigé cet essai dans le cadre de ses études de théologie protestante à Strasbourg. Il s'agit d'un commentaire sur la prière... Selon Jacques Ellul. Percutant et pratique pour préparer notre rencontre du 2-3 octobre prochain à la Maison rurale de Pointel : "Penser globalement, agir localement" (selon la formule de J. Ellul).
L'ouvrage est disponible au prix de 15 euros aux éditions Calamus, auprès de la Librairie Un temps pour tout (49 rue de Clichy, Paris 9) ou de la librairie électronique L'Arrêt aux pages.
Dans la suite de cette note, la préface du professeur Frédéric Rognon à découvrir :
Prier aujourd’hui - Obstacles – opportunités – Enjeux
Préface au livre d’Elisabeth Larthomas :
Il n’est pas de question plus décisive et plus urgente, pour la vie chrétienne au XXIe siècle, que celle de la prière. Sans prière, pas de ressourcement, donc pas de vie de foi, et par voie de conséquence pas d’engagement éthique même. Or la prière est aujourd’hui menacée, humiliée, bafouée. Non pas qu’elle ait disparu, mais elle a adopté des formes perverties : celles que lui impose la société technicienne, dont le veau d’or est l’impératif d’efficacité immédiate. Quel avenir, dans ces conditions, pour la prière authentique, celle que nous avons reçue de la révélation biblique, celle que Jésus nous a enseignée ? Comment, notamment, dans un monde où le silence est devenu une denrée rare, transmettre à nos enfants cette faim de nourriture spirituelle, cette soif de la source d’eau vive, ce désir de rencontrer Die dans un cœur à cœur qui nous relève et nous remet en marche ? Car l’avenir du christianisme ne se joue-t-il pas sur l’oubli ou la redécouverte par les chrétiens de la véritable prière ?
Le grand intérêt du livre qu’Elisabeth Larthomas offre aujourd’hui au lecteur, tient à ce qu’il ne se contente pas de poser ces questions vitales, mais qu’il les éclaire et les prolonge par une mise en perspective et un certain nombre de propositions concrètes. Et quel meilleur guide Elisabeth Larthomas aurait-elle pu trouver, pour mener à bien ce projet, que Jacques Ellul ? Avec sa lucidité, sa rigueur et son style décapant, l’auteur de L’impossible prière a en effet su la toucher, la stimuler, et, oserais-je dire, féconder sa propre pensée. Car il ne s’agit pas ici d’une paraphrase des textes d’Ellul : Elisabeth Larthomas n’hésite pas à mentionner ses divergences avec le théologien. Mais Jacques Ellul lui-même ne concevait son œuvre que comme un viatique proposé à d’autres, qu’il invitait à s’appuyer sur lui pour avancer, réfléchir, et finalement construire leur propre pensée, en-dehors de lui et au besoin contre lui. Elisabeth Larthomas nous offre ici un nouvel exemple de réflexion autonome, à partir de l’impulsion tonique et profonde que représente l’œuvre ellulienne.
Le plus tragique des malentendus au sujet de la prière réside sans doute dans son opposition à l’action. La prière est aujourd’hui disqualifiée car elle nous a trop souvent détournés de l’engagement concret pour changer le monde, et nous a finalement amenés à consentir à l’ordre social tel qu’il est. Avec Ellul, Elisabeth Larthomas dissipe le quiproquo : la prière n’est pas le contraire de l’action. La métaphore de la respiration s’avère fort suggestive pour parler de la vie chrétienne. Comme on le sait, la respiration est faite d’inspire et d’expire. Pour le chrétien, la prière, c’est l’inspire ; et l’action, c’est l’expire. Si j’expire sans inspirer… je vais effectivement finir par expirer ! J’ai donc besoin de prier pour agir : la prière donne souffle à l’action, et l’action donne corps à la prière. Prière et action en alternance, comme le flux et le reflux de la marée. Mais on peut aller plus loin, et voir la prière comme une action, et l’action comme une prière. C’était le cas du Père Evenesi, jésuite hongrois du XVIIIe siècle, dont l’aphorisme pour le moins paradoxal est resté célèbre (même si on ne le cite pas toujours avec fidélité, et si on ne le réfère généralement pas à son véritable auteur) : « Prie comme si tout dépendait de toi-même, et en même temps agis comme si tout dépendait de Dieu ». Voilà une invitation à prier avec force et persévérance (car, même si l’initiative vient de Dieu, la prière dépend de nous), et en même temps une exhortation à agir avec conviction et confiance (car, même si nous en sommes nous-mêmes les acteurs, c’est Dieu qui nous pousse à l’action). Et cela se fait « en même temps » : prière et action sont finalement une seule et même chose.
Cependant, le point culminant de l’essai d’Elisabeth Larthomas réside sans aucun doute dans la dialectique entre prière et liberté : aux antipodes des conceptions courantes de la liberté (considérée en tant que pouvoir d’agir dans contraintes, sans entraves), la prière s’affirme comme acte de véritable liberté, et même comme vecteur de libération, c’est-à-dire comme moyen d’être libéré à l’égard de soi-même dans le Christ Jésus. Or, dans une société technicienne qui, sous des discours de propagande sur la liberté de l’homme grâce à sa puissance technologique inédite, nous menace chaque jour davantage d’addictions et d’aliénations nouvelles, la vie chrétienne offre la seule arme porteuse de véritable libération : la prière.
Je ne saurais trop exprimer ma reconnaissance envers Elisabeth Larthomas pour avoir mené cette étude avec méthode et rigueur, mais aussi avec une grande sensibilité et une rare profondeur. On ne choisit jamais un sujet de recherche par hasard : celui-ci, à l’évidence, correspondait à une quête personnelle, existentielle et spirituelle. C’est pourquoi ma gratitude s’adresse aussi au courage dont fait preuve Elisabeth Larthomas en prenant le risque de publier son texte. Celui-ci change d’emblée de statut. Désormais ce n’est plus un objet d’échange, de discussion et de réécriture, entre une étudiante et son professeur : c’est un texte public, livré, exposé, offert à la réflexion de nombreux lecteurs anonymes. Gageons qu’il saura rejoindre chacun d’entre eux dans sa propre quête, afin de l’aider à retrouver le chemin de la prière authentique ; et partant, à expérimenter un renouvellement de sa foi au Christ ressuscité, source de vie pour aujourd’hui.
Frédéric Rognon
Faculté de Théologie protestante
Université de Strasbourg
19:39 Publié dans Pôle Communication | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elisabeth larthomas, frédéric rognon, jacques ellul




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