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15.03.2008
Vendredi saint : qu'est-ce que la vérité ?
Frères et sœurs,
Nous allons prochainement nous retrouver, au pied de la croix, à méditer le sens de cet évènement. Aujourd’hui l’expression « Christ crucifié » ne choque plus grand monde. Certains pensent que "Christ" est le nom de famille de Jésus. Nous avons même fait de la croix un bijou qui décore notre cou. Nous avons oublié combien la croix est d’abord un supplice, le supplice le plus infamant, la mise à mort la plus cruelle et que l’expression « Christ crucifié » signifie que celui qui devait manifester au monde la victoire et la puissance de Dieu, celui-ci est vaincu, abaissé, écrasé. C’est pourquoi les premiers chrétiens n’avaient pas pour signe distinctif une croix, mais leur emblème était le poisson. Sans doute en souvenir de la pêche miraculeuse, mais surtout aussi parce que les initiales de chaque lettre du mot poisson, en grec ICHTUS, signifie « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ». Cependant, « Christ crucifié » signifie aussi que Jésus de Nazareth, écrasé par la souffrance, méprisé, rejeté, est bien celui que Dieu appelle « Mon Fils bien aimé », celui qui a été envoyé pour le salut du monde..
(Pour télécharger une liturgie, cliquer ici: Vendredi saint 2007.doc)
La croix est donc au cœur de notre foi. Les protestants, vous le savez, nous n’aimons pas trop les images « pieuses » ! Cependant, je dirais que nous en avons une quand même, et que s’il ne fallait conserver qu’une image, ce serait celle-là : l’image de la croix. Tout est dit avec la croix, elle au centre de tout. C’est pourquoi Luther a développé ce qu’on appelle une théologie de la croix –c a d du service, contre une théologie de la domination- et c’était le comte Zinzendorf qui disait que l’unité – la seule unité possible – ne serait faite qu’au pied de la croix, parce que s’est au pied de la croix que nous sommes réconciliés et redressés. Nous sommes redressés de tous les fardeaux qui nous faisaient ployer, précisément, au pied de la croix. Et la croix ainsi est le lieu où s’ouvre le tombeau. Ce n’est pas seulement le lieu de la mort du Christ, mais c’est aussi son exaltation. Il a été élevé sur le bois, il n’a pas été enfoui sous le bois. Je pense qu’une bonne théologie de la croix doit nous faire voir à la fois l’anéantissement, ce qu’on appelle la kénose totale de Dieu en Jésus-Christ, et le moment aussi où Dieu montre qu’il est le plus fort, plus fort que tout parce que celui qui va mourir, au moment même où il meurt assure au bon larron qu’ils seront un jour ensemble dans le Paradis. Vous le voyez, vendredi saint ne va pas sans Pâques. C’est pourquoi il faut sans cesse méditer sur la Croix. Mais il faut aussi se souvenir qu’aujourd’hui nous avons une réponse à la question que Pilate posait à Jésus : « Qu’est-ce que la vérité !» Eh bien, la vérité, la voilà, c’est cette croix, c’est ce crucifié qui, vers la neuvième heure, va s’affaisser et rendre l’esprit. La voilà la vérité du monde, la seule ; c’est la seule parce qu’elle va être la seule à ne pas faire mourir, la seule à faire vivre.
Oui, la vérité, c’est que Dieu est amour. C’est que Dieu veut que nous vivions. Il le veut envers et contre tout. Il le veut même au prix de son Fils, au prix même de celui qui est la vérité. Vous le voyez, frères et sœurs, la vérité, c’est que Dieu n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais notre ennemi. La vérité, c’est qu’il a préféré être hissé sur une croix plutôt que de toucher à un seul des cheveux de ceux qui pourtant ont crucifié son Fils. La vérité, la seule, c’est l’amour. L’amour qui s’anéanti, qui s’efface, qui se met en croix.
Et c’est pourquoi, frères et sœurs, nous n’auront jamais d’autres signes ici bas de la vérité de Dieu qu’une croix, qu’un crucifié. Nous n’aurons jamais d’autres démonstrations que Dieu est vrai que le Vendredi saint. C’est pourquoi nous ne saurons jamais si Dieu est vrai, si nous ne commençons pas par savoir qu’il est amour.
Alors à la question : « qu’est-ce que la vérité », ce soir, je ne peux que montrer du doigt la croix de celui qui a tout risqué, tout accepté, pour que nous puissions recevoir et vivre la seule réponse : c’est que nous sommes aimés, éternellement aimé.
Amen.
14:35 Publié dans Pôle Evangélisation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vendredi saint, méditation réformée, liturgie oecuménique


