11.03.2008
Soyons sages
Des générations on cru bon d’élaborer et de transmettre les livres contenus dans la Bible. Aussi, si ceux-ci sont venus jusqu’à nous et si nous les lisons, ce n’est pas seulement pour les regarder comme des témoins d’une sagesse révolue. L’Eglise n’est pas un musée. Si nous lisons ces livres, c’est aussi pour y voir une invitation, un appel et un défi. Une invitation à mener à notre tour cet effort. Un appel à élaborer notre propre sagesse. Soyons sages ! Voilà le défi.
Les valeurs de la sagesse
Je pense que la première chose à souligner, c’est qu’il n’y a pas UNE sagesse biblique. Il y en a plusieurs. Ou plus exactement, les traditions de sagesse ont évolué. Si la sagesse rurale n’est pas la même que la sagesse urbaine, nous constatons aussi qu’il y a différentes formes de sagesse dans les livres de la Bible. Ce qui n’est pas surprenant puisque la sagesse privilégie l’expérience humaine. Or cette expérience a plusieurs facettes. Le premier point fort, la première valeur de la sagesse biblique serait donc la souplesse, la capacité d’adaptation. Le deuxième point fort est le pessimisme à l’égard de l’homme. Et la troisième valeur serait celle de la joie. La Bible, en effet, valorise les plaisirs de la vie, mais ces plaisirs, pour contribuer au bonheur, doivent toujours être maîtrisés. Il y a donc une sorte de sérénité du bonheur.
Un autre aspect très important de la sagesse c’est sa tendance universaliste. La sagesse se méfie du repli sur soi. Le sage est celui qui sait que son identité naît de la rencontre, de l’échange, de l’accueil, c’est-à-dire de l’ouverture aux autres. Il sait aussi qu’il vit dans un monde qui a un certain ordre, une certaine harmonie, où il doit vivre dans le respect de Dieu.
La sagesse, découvrir Dieu à l’intérieur de mes limites
Mais la sagesse biblique vise autre chose que de nous proposer un contenu ou d’exalter des valeurs. Elle nous invite à prendre une attitude devant l’existence humaine et donc une attitude devant Dieu. Car, avec le Nouveau Testament, Dieu n’est plus inconnaissable, il se fait connaître. Ce Dieu n’est plus infiniment éloigné, il est infiniment proche. Jésus le plante ici et maintenant. Jésus met la sagesse au centre de l’existence en invitant l’homme à vivre grâce à Dieu. Et vivre grâce à Dieu, signifie le contraire de la conception religieuse classique, qui dit : l’ordre général du monde ? Voyez Dieu. Les questions mystérieuses ? Voyez Dieu. La mort et l’au-delà ? Voyez Dieu. Le pourquoi de l’univers et la fin des temps ? Voyez Dieu. Ce genre de raisonnement met Dieu à la marge. C’est en faire une sorte de joker pour les questions lointaines. Alors que vivre grâce à Dieu, c’est le contraire. C’est découvrir Dieu à l’intérieur des limites de ma vie. Voilà la vraie sagesse.
Oui, être sage, c’est être fou ! C’est vivre grâce à Dieu seul
C’est dans ce DIEU SEUL que se trouve toute la folie de l’Evangile. C’est dans l’affirmation répétée de ce Dieu seul que se trouve la protestation protestante. Car si nous mettons Dieu aux côtés du reste, en plus du reste, alors il redevient un joker, un Dieu lointain et donc, au fond, sans importance. Un Dieu bouche-trou. Ce n’est certainement pas le Dieu Père de Jésus-Christ qui est aussi notre père. C’est un Dieu qui nous invite à une sagesse folle. Folle au regard de nos besoins de repères solides. Folle au regard de nos soifs de certitudes acquises une fois pour toute. Folle au regard de tout ce qui compte et de tout ce qui pèse aujourd’hui dans notre monde.
Qu’est-ce qu’être sage ?
Jésus-Christ, le Dieu crucifié ; Jésus-Christ, l’homme ressuscité ; Jésus-Christ est la seule sagesse à laquelle nous soyons appelés. Avec lui être sage c’est être fou, puisque c’est se dessaisir de toutes nos sagesses ; puisque c’est vivre non plus grâce à nous, mais grâce à Dieu.
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